- attention: deux vidéos ci-dessous démarrent automatiquement en même temps-
bonjour,
On commence avec une émission de lundi 21/09.
Sur France 5, étaient invitées Isabelle Huppert et Camille dans C à vous la suite. On pouvait penser que quelqu'un allait souligner qu'elles avaient travaillé toutes les deux avec Jean-Louis Murat... mais Camille quitte le plateau sans que cela se fasse. Par contre, Patrick Cohen qu'on connaissait amateur de l'oeuvre intervient ensuite et Isabelle et lui disent qu'il nous manque beaucoup.
[Je suis allé voir Camille au Festival de Fourvière cet été, je ne suis pas vraiment emballé par les nouvelles chansons, mais c'est toujours impressionnant en spectacle, gros coup de coeur renouvelé par les versions de "pale septembre". Au rayon concert, je recommande aussi Bertrand Belin - son whatt en live avec une formation de 7 -il me semble- musiciens est impressionnant, j'ai pris mes places pour une 3e fois, et Stéphane Eicher est toujours en forme.]
Sur Arte, c'est court aussi, et c'est encore une fidèle, Elisabeth Quin qui parle du recueil et du disque live.
https://dai.ly/k6IEmvOFK2TQqPKx96a
- Jeudi 24 Septembre, sur M6, lors de la semaine passée en Auvergne dans l'émission "ma meilleure cuisine régionale", émission ultraformatée et insupportable par la multiple diffusion des mêmes images, les présentateurs étaient de passage au Buron du col de la croix morand. Des belles images du col où les névés sont encore présents, mise en scène de fausse rando pour arriver au resto, et une longue séquence sur la terrasse devant la plaque consacrée à Jean-Louis Murat... sans qu'il en soit question. Yoan Comte, le chef étoilé, met même le doigt sur la plaque... mais c'est pour montrer la photo qui montre le Buron tel qu'il était avant les travaux de restauration. Je voulais faire un montage vidéo mais de multiples tentatives d'extraction (dont captvty) ont été vaines. Voici donc un diaporama:
- A LA RADIO :
L'actu FLORENT MARCHET
Il a parlé assez longuement de Jean-Louis Murat avec Vincent Josse samedi : le besoin ressenti de partir immédiatement à Orcival quand leur manager commun le prévient de sa mort, parce que c'était un besoin, "les poètes font partie de ma famille en définitive", "je trouve ça terrible un auteur qui ne pourra plus écrire", l'influence qu'il a eue à l'adolescence, d'où l'envie de travailler avec Stéphane Prin (interview ici), la belle cérémonie où une petite tribu s'était réunie
PODCAST COMPLET avec une chanson d'amour, inédite (à paraître) et très réussie de Philippe Katerine.
Pour écouter ORCIVAL en live: par ici (Grenoble en novembre, Paris en décembre à la Cigale, et dans de nombreuses salles dans lequel peut rôder le fantome de Jean-Louis: Nantes, Oignies, Sotteville les rouen, Toulouse...)
- C'est un peu plus ancien, mais en Belgique, on n'oublie pas non plus Jean-Louis Murat.
Dans Bagarre dans la discothèque, un animateur parle du Train Bleu pour répondre à la question : Quelle chanson contient dans ses paroles une comparaison complètement disproportionnée (pour parler d'amour, de désir, de chagrin, etc.) ? "on n'écoute pas suffisamment Jean-Louis Murat" dit Sébastien Ministru.
L'émission est à écouter en se connectant sur rtbf auvio
Sort aujourd'hui le nouveau disque de Florent Marchet qui se nomme "Mobil home" et qui contient la chanson "ORCIVAL", en hommage à Jean-Louis Murat, avec la participation de Morgane Imbeaud.
Florent a l'habitude de rôder ses chansons lors de quelques concerts (j'avais ainsi découvert ce qui deviendrait Courchevel et le dernier dont je n'ai plus le nom, même si la soirée avait été particulièrement belle, avec un beau quartet) et je connaissais donc la chanson partagée sous le manteau. Elle est maintenant publique. Elle évoque le jour de 2023 où l'on s'était réuni près de la basilique.
J'ai déjà écrit lors d'une précédente occasion que j'attendais et espérais plutôt des reprises... maintenant qu'on avait un stock important de chansons sur Jean-Louis Murat s'appuyant sur quelques mots du répertoire (répertorié là ici, sans celle de la Maison Tellier). Bon, Florent Marchet a déjà de nombreuses fois chanté Murat, lors des concerts hommages (Clermont, Maison de la poésie), mais avant cela "noël à la maison" sur son Noel'song, ou avec les Frère Animal, "gagner l'aéroport" lors de rappel, et bien plus tôt encore lors d'une conférence chantée avec Olivier Nuc, bientôt 20 ans... C'était en 2008. Il y avait eu aussi sur arte:
Voici sur les réseaux une petite démo (extrait) par Florent, puis une version live piano-voix
S’il rend hommage à Jean-Louis Murat sur un « Orcival » partagé avec Morgane Imbeaud, l’une des voix féminines proche de sieur Murat, c’est parce qu’il a été un modèle pour lui. « C'était une figure importante dans ma construction de musicien et d'auteur. Il y avait sa voix, des mots qui pouvaient être râpeux et dits avec sensualité, des mots étranges, et le fait de s'emparer de sa géographie aussi. Moi qui viens d’un village, de savoir qu'un chanteur pouvait ne pas avoir honte de venir d'un terroir autre que les grandes villes, ça m'a fait du bien », estime Florent Marchet.
Dans Télérama, Florent rend hommage à Sheller et à Brigitte Fontaine, et point question de Murat:
Un musicien qui vous a donné envie de devenir chanteur ?
William Sheller, notamment pour le côté cinématographique de ses œuvres. Quand j’écoute l’album Ailleurs, j’ai l’impression de pénétrer dans une forêt, d’y rester durablement, de ressentir la fraîcheur. Inversement, quand je rentre dans une forêt, des mélodies de ce disque me reviennent. Les musiques, chez moi, sont fortement liées aux lieux. Quand je me promène dans certaines campagnes par exemple, j’entends tout de suite des sons d’ Ennio Morricone.
Un ou une artiste modèle ?
Brigitte Fontaine, qui me fascine à chaque album. Sa musique m’a toujours paru sauvage et peu formatée, comme celle de Moondog. Je trouve rassurant de savoir que des artistes comme ça puissent exister, bien que, de mon côté, je n’aie pas le talent pour faire des choses à la marge… Elle est une immense poétesse, et je regrette qu’elle ne soit pas reconnue davantage comme une des grandes artistes françaises, comme une Barbara. On nous a longtemps bassinés avec Brel, Brassens, Ferré… Mais Brigitte Fontaine mérite aussi le panthéon.
Les inrocks : "Ce constat dressé par Florent Marchet dans Sortir les violons était sans nul doute celui de Jean-Louis Murat, à qui il rend hommage"
L'humanité (interview réservée aux abonnés où il n'est pas question de Murat)
Vous dites aussi que notre époque a du mal à trouver un sens collectif.
On n'est pas à l'écoute, beaucoup de gens parlent et crient dans le vide. On vit dans un monde qui se polarise énormément, où l'on s'éloigne, mine de rien, de ceux qui sont très différents, que ce soit à gauche comme à droite. Pourtant, c'est important de passer du temps avec des gens qui ne pensent pas comme nous. Des chercheurs ont montré que, dans les villages notamment, moins il y avait de bars et de cafés pour échanger, plus l'extrême droite montait. Or, je trouve ça très réjouissant d'avoir des débats d'opinion, c'est ce qui nous a permis d'être un pays progressiste.
J'avais fait part d'une déception causée par Florent Marchet [après vous en avoir parlé sans arrêt, ou fait des nombreux comptes-rendus de concert après une initiale et fondatrice première partie de Murat à Cluses le 7/7/7(2007) avec Erik Arnaud]. C'était à l'occasion du disque BAMBI GALAXY que j'avais pourtant écouté, et écouté. Et en fait, j'ai remis le disque il y a peu, et c'est vraiment un disque aux multiples tubes, et finalement que j'apprécie beaucoup... mais il fallait se résoudre à perdre la voix de mes années de trentenaire, une voix qui portait un socle commun d'enfance. Et aujourd'hui, je n'ai guère envie d'écouter de la sociologie sur notre époque... Une grotte, une grotte, comme dirait quelqu'un que je connais..
- J'avais abordé il y a de longs mois, sans en faire le titre de l'article, la parution du recueil des textes de Jean-Louis Murat.
Il sort le 24/09 sous le titre Une Orgie de sainteté, proposé par il me semble Eric Reinhardt qui a été partie prenante avec Laure Desbrueres de l'élaboration du livre. Cela a fait l'objet d'un peu de débat, peut-être pourrez-vous me dire ce que vous en pensez ou auriez proposé à la place dans l’œuvre de Jean-Louis Bergheaud? Le titre issu d'une chanson de l'album un peu particulier car réalisé avec Fred Jimenez a le mérite d'être beau et original, de renvoyer à deux thématiques importantes (et le côté "dégueulasse" souligné par Agnès Gayraud), et tout choix aurait été de toute façon réducteur. Seghers était le décisionnaire. Après, c'est sans doute un détail... Je m'y attarde car pour le reste, il s'agit d'un recueil des textes des chansons publiées et éditées. Ne vous attendez donc pas à y trouver des surprises, même si certaines collaborations sont moins connues.
Nous avions notre outil informatique pour travailler sur les textes, mais voilà une Bible publiée, déconnectée et non-déconnectable pour l'avenir, c'est une bonne chose. Mais surtout, voilà érigé en grand auteur notre Jean-Louis Bergheaud, par Seghers, spécialisé dans la poésie dans une collection très ancienne (1966) et emblématique qui a réuni un corpus extraordinaire et patrimonial de la chanson française (Ferré, Brassens, Brel, Aznavour, Barbara, Mouloudji, Gainsbourg...). Je lis qu'elle a été relancé en 2025 via Feu Chatterton et Arthur Teboul (le succès de son livre de poésie "le déversoir", 70 000 exemplaires!!, explique peut-être cela).
C'est présenté comme "l'intégrale des chansons", tous les albums y sont, 400 chansons, mais vous pourrez vous amuser à trouver certaines choses manquantes dans la discographie annexe. L'exploitation commerciale de certaines chansons était impossible, comme celle d'éventuels vrais inédits.
Voici ce qu'a dit Laure Desbrueres sur les réseaux :
Demain parait « Une orgie de sainteté », un très beau livre non pas sur mais de Jean-Louis Murat.
On l’attendait ! Ses mots à lui, sa langue, sa poésie.
Cet ouvrage nous tenait à cœur et je remercie infiniment Eric Reinhardt, qui en a permis la réalisation. Si vous connaissez un peu Jean-Louis vous devez savoir qu’il ne tapait jamais lui-même ses textes, qu’il s’amusait des différences entre le texte écrit et chanté, qu’il était intransigeant sur l’orthographe, qu’il aimait jouer avec la ponctuation et surtout les majuscules, qu’il adorait encore plus changer les titres de ses chansons, qu’il était parfois difficile à relire et parfois même qu’il fallait retranscrire …
Un joli bazar... Il fallait bien l’équipe de choc des éditions Seghers sous la direction d’Antoine Caro, la rigueur, le respect, et la ferveur d’Eric Reinhardt ainsi que l’aide précieuse de Wise music et d’autres (qui se reconnaîtront) pour réaliser ce recueil durant l’été ! C’était important de rassembler cette œuvre dispersée dans les livrets d’albums et de la donner à feuilleter à ceux qui ne la connaissent pas.
Et comme si cela n’était suffisant, ces textes sont encadrés merveilleusement par une préface de Yannick Haenel et une postface d' Eric Reinhardt, à lire absolument !
Alors, oui, pour finir, comme souvent avec les livres sur Murat, pour les spécialistes, ce qu'on pourra retenir et qui justifie l'achat, c'est la préface, et ici la postface (même si les propos d'Eric Reinhard sont moins inédits que ceux d'Haenel pour ceux qui l'ont vu à la Maison de la poésie par exemple). On va reparler ici dans quelques temps - a priori c'est acquis- de l'auteur d'un des livres de la rentrée La solitude des professeurs est infini" et je vous laisse donc découvrir son texte d'un peu plus de 8 pages. On avait découvert son admiration pour l'oeuvre de Jean-Louis Murat à l'occasion de l'article qu'il avait signé pour Charlie Hebdo, même si certaines avaient déjà détectés un lien. A relire là. Dans la préface, il précise encore plus comme il a été important pour lui, décisif avec Cheyenne automne et le range à côté des troubadours et de Rimbaud, De Nerval... tout en insistant sur la musicalité des vers.
En promo pour son livre (qu'il dit être né de son émoi après l'assassinat de Samuel Paty, qui inspira aussi Jean-Louis Murat), Laurent Goumarre sur France Inter, lit les dernières lignes de la préface. L'émission est sous-titrée "Le rock a compté pour moi dans ma vie autant que Proust"... peut-être que Jean-Louis aurait pu certains jours inverser cette affirmation, ce n'est pas le seul point pouvant faire référence à Murat de l'émission (Tarkovski...), même si Yannick a été musicalement marqué par la cold wave (The Cure, Joy division, Marc Seberg cite-il). La séquence :
L’intégrale des textes de Jean-Louis Murat, chanteur et poète
Interrogé, en mars 2005, sur sa boulimie créatrice, Jean-Louis Murat confiait au Monde : « Je n’ai pas de temps à perdre. J’ai démarré à 28 ans, un âge où d’autres arrêtent. Je venais d’un milieu social où on devient plus facilement plombier ou paysan que chanteur. J’ai été père très jeune. Aujourd’hui, j’ai l’énergie de quelqu’un qui rattrape ce temps, porté aussi par la peur de disparaître. Peut-être parce que ma véritable ambition, c’est l’écriture, pas le chant. » Trois ans après sa mort brutale, à l’âge de 71 ans, les éditions Seghers publient l’intégrale des chansons enregistrées par le chanteur auvergnat, soit une orgie de 400 textes écrits depuis le 45-tours Suicidez-vous le peuple est mort (1981).
Si cette production prolifique a connu quelques creux et inconstances, difficile de ne pas constater que celui qui disait avoir écrit des poèmes chaque jour depuis l’enfance possédait une plume permettant d’apprécier ses vers hors de l’écoute musicale. Admirateur de Dylan et de Neil Young autant que des troubadours capables d’entrelacer l’amour et les mots, il savait ciseler une sensibilité terrienne, évoquer un bestiaire unique et un ancrage géographique de dandy paysan, parler une langue charnelle, tantôt soyeuse, tantôt brutale, chargée de sensualité comme de dépression. Cette somme non commentée est encadrée par les préface et post-face d’écrivains admirateurs, Yannick Haenel et Eric Reinhardt. Le premier assurant : « Murat chanteur ? Bien sûr, mais avant tout poète. » S. D.
Il est indiqué "non commenté" et c'est effectivement ce que je voulais indiquer. Même si Haenel et Reinhard donnent des pistes, on aurait pu penser l'ouvrage accompagné d'une analyse plus précise de la poésie muratienne, afin peut-être d'aider à la situer dans notre patrimoine artistique, littéraire et musicale, dans ce monde où Bob Dylan est prix Nobel de littérature, même si on espère que le temps permettra de l'élever un peu plus haut. Un tel livre peut favoriser son étude universitaire.
La photo est de Frederic Garcia, "photographe mondain très discret" ai-je déja écrit ici. Je possède quelques tirages promos de cette série de 1989 que j'avais montrés lors du premier week-end Murat. Elles ont été prises dans le cimetière russe de Ste-Geneviève des bois.
Le Plus avec Frank Loriou
A SAINT-QUENTIN (02) ainsi que dans la salle de concert La Manufacture, avec en complément deux événements :
- exposition à la médiathèque à partir du du 19 septembre
- visite commentée le samedi 26 septembre à 15h à la médiathèque, suivie d’un échange avec Cédric Barré autour de son livre de A à Z.
- exposition à La Manufacture du 5 au 10 octobre
- rencontre hommage par JP Nataf et Loriou le 6 octobre à 19h
Je suis en retard pour parler de l'actualité, mais je me colle à l'exercice classique de causer de Catherine Ringer, et des Rita Mitsouko (avec Fred Chichin, mince, 19 ans déjà). Ceci après que mon algorithme m'a donné à lire x témoignages : de ceux qui l' ont croisé au supermarché ou dans le métro jusqu'à des partenaires musicaux ou/et de drogues, un muratien indique même que c'est une copine à lui qui lui a cassé la fameuse dent... J'ouvre mon facebook et je m'attends demain à découvrir les souvenirs d'un de ses partenaires de films pornos, ou de la personne qui a pris dans la tête son tampax usagé au Gibus... sans parler des autres dégueulasseries et polémiques de nos réseaux sociaux (mais je trouve tout autant consternant ceux qui lui "donnent la carte" en retenant comme son plus grand fait d'arme d'avoir mis un vent au Président Macron.) Soit, il faut bien faire avec Les émois et les "et moi", "et moi", "et moi", tant le décès d'une artiste populaire nous touche en nous projetant dans nos passés, et derechef dans un bain moite de nostalgie. Mais vous n'aurez pas d'émois de ma part, je n'ai rien à dire de personnel sur les RITA, même si je kiffais TV6. Ne me remerciez pas.
Bon, lançons nous dans l'essai... Essai, car les liaisons évidentes entre Murat et les Rita ou Ringer sont peu nombreuses, et je vais peut-être laisser plus parler ma subjectivité... et être un peu moins prudent dans mes propos.
DU CONCRET néanmoins
1) CONSOLE
Le lot 92 de la vente aux enchères "Jean-Louis Murat" de 2025, la "Console de mixage de marque CADAC 24 pistes. En partie démontée, non testée. 1 500 / 2 000 €" et vendue près de 8000 euros.
Dans certaines mémoires (Laure, Marco), elle "aurait" appartenu aux Rita Mitsouko, mais dans Télérama, en 1996, Murat raconte : « C’est une américaine des années 70, je l’ai achetée d’occasion juste sous le nez des Rita Mitsouko…" (et c'est le seule mention des RITA par Jean-Louis Murat que j'ai trouvée - dans une petite partie des archives ceci dit). Cette citation peut interroger sur un point : CADAC est un pur produit anglais, et point américain, tropisme atlantiste de Jean-Louis ? (que Fred Chichin ne partageait pas: "les Anglais sont les plus forts"-citation trouvée dans un livre d'Y. Bigot).
J'ai contacté Christophe Dupouy, l'ingé-son des premiers disques de Murat, qui nous indique: " la console Cadac que j’avais installée à Douharesse, elle était au Studio M de Davout dans les années 70-80", et il semble bien qu'elle ait été récupérée là-bas, sans passer par la case RITA... On peut apercevoir leur home studio de 86 dans le film de Godard Soigne ta droite, leur Mademoiselle personne, et la console Cadac est plus volumineuse.
On retrouve mentionnée ailleurs cette console qui est bien "24 pistes": Tony Visconti se rappelle avoir travaillé en 89/90 sur leur "24 pistes" pour le disque "RE". Et Gerard Bar-David racontait dans Best en 91: "Freddy possède sa propre console 24 pistes posée à dix centimètres du sol, indispensable passeport vers I‘indépendance artistique. Sans cet home- studio et ses horaires illimités, jamais il n’aurait pu expérimenter tous ses délires remixés".
J'ai promis du concret, et on n'y est pas encore : la console de Murat n'a pas appartenu semble-t-il aux RITA... mais ils ont travaillé sur celle-ci au Studio Davout... et avec Christophe Dupouy! C'est bien le souvenir que Denis avait également. Christophe nous dit :
"J’ai travaillé une semaine en tant qu’assistant sur Marc et Robert au studio M de Davout avec Toni Visconti, je n’ai pas de souvenirs particuliers, si ce n’est que les journées commençaient vers 18h". C'est laconique, mais voilà quand même un élément tangible.
D'après ce que dit Dominique Blanc-Francard du proprio de Davout Yves Chamberland, il est possible que les négociations pour cet achat n'aient pas été évidentes : il "était prodigieusement radin. Un personnage à la fois détestable et attachant". "Un jour, Chamberland m’a ainsi proposé de cacher une petite boîte qui brouillait les enregistrements sous la console de ses concurrents"! Notons au passage que Dominique Blanc-Francard est un dénominateur commun entre les Rita et Jean-Louis... mais qui dans le paysage musical français n'a pas travaillé avec cet ingénieur du son (qui n'évoque ni Murat, ni les Rita dans son livre)?. On pourrait dire la même chose de JB Mondino qui fit la première pochette de Murat et signa le clip de "C'est comme ça".
Pour clore ce chapitre, cette histoire de console montre que ces artistes partageaient une même volonté d'indépendance et une certaine idée de la création musicale, un travail du quotidien - c'est plus vrai pour Fred qui pouvait reprocher à Catherine de ne pas travailler suffisamment.
Delon à Davout. L'étroitesse de la salle peut laisser penser qu'il s'agit du studio M (sous réserve)
Et une autre photo : les Rita avec Tony en studio. A Davout? avec la console?
2) VIRGIN
Jean-Louis et les Rita étaient signés chez Virgin de la grande époque. Les Rita l'avaient précédés de quelques années. Quand Fabrice Nataf arrive à son poste, le 45 T de Marcia Baila est sur son bureau, et il signe Murat deux ou trois ans plus tard. Il est possible que Murat les ait croisés rue de Belleville ou à des événements corporate qu'aimait Fabrice Nataf (mais on m'a raconté que JLM avait fait son maximum une fois pour rater le bus qui devait emmener tout le monde). Mais voici ce que nous disait François Delmotte:
F. Delmotte : Honnêtement non. Mais (Murat) est un des artistes avec lequel je m’entendais le mieux. Je me rappelle de Julien Clerc, très gentil mais qui était un peu distant, il était déjà un artiste établi, Renaud, qui n’avait pas un contact facile, je ne parle même pas des Rita Mitsouko. Aubert était plutôt sympa. Mais Murat avait ce côté plus cultivé, que n’avaient pas les autres artistes, la plupart en tout cas, et une culture cinématographique qui s’exprimait d’ailleurs déjà dans le titre de l’album, une référence peu relevée à un film de John Ford. Souvent les artistes étaient très centrés sur eux-mêmes, enfin, c’est la réflexion que je me faisais, ils pensaient surtout à eux, à leur carrière et ça les déconnectait du monde et de l’actualité, même de l’actualité culturelle.
Il ressort effectivement que le duo n'était pas toujours facile : Laurence Kent écrit, dans une nécro par ailleurs élogieuse, que Catherine "n'a pas toujours brillé par sa bienveillance". Nicole Bouchard, qui travaillait avec Virgin, et eut l'honneur d'être mentionné par Jean-Louis dans l'inédit "Québec" (en version live là) suite à un voyage marquant pour lui, le reconnaît bien volontiers. Elle les a rencontrés à deux occasions mais retient : "Les deux, des gens intelligents, originaux, décents et d’une authenticité enviable".
Dans ce cadre Virgin, on retrouve ainsi les œuvres de Jean-Louis et des Rita dans le projet "Diversion" qui voit Murat chanter Louise Feron, Julien Clerc chanter Murat, et les Rita repris par Daho et Jean-Louis Aubert (les Rita ne participant pas eux-mêmes). Louise Feron, la compagne de Dominique Laboubé indique avoir été très amie avec Catherine après l'avoir rencontrée lors d'une fête Virgin.
On retrouve enfin les deux noms sur le disque promo "Virgin- Eté 2000":
Enfin, c'est via Virgin qu'est sans doute embauché Philippe Gautier pour réaliser des clips pour Jean-Louis Murat, le même qui participa à l'émergence des RITA en réalisant Marcia Baila et Andy... puis réalisant leur tout dernier clip. On en a parlé tout récemment lors d'une très belle interview du vidéaste qui revient longuement sur son travail avec les RITA.
Concernant les maisons de disque, notons que les RITA ont très vite créé leur société Six sarl en 1986, optant ensuite pour le fonctionnement "sous licence" pour leurs disques, ce que fit ensuite Jean-Louis, plus tardivement.
DU MOINS CONCRET
1) INFLUENCE
J'entends Christophe Conte dire qu'ils ne faut pas résumer les RITA à leurs tubes, mais j'ai le souvenir de nombreux débats sur la qualité de leurs disques à chaque sortie, si bien que j'ai quand même l'impression que Jean-Louis a eu une influence plus marquée chez ses congénères tandis que c'est l'impact de leurs tubes et ce qu'ils véhiculaient qui définit plus les Rita. A mes yeux, ils incarnent "la movida" française.
Dans le livre de Baptiste Vignol qui a interrogé 276 chanteurs, le titre Marcia Baila ressort 14e du classement des chansons les plus citées, C'est comme ça est aussi cité à quelques reprises... mais Murat est dans la liste des chanteurs dont le plus de chansons différentes ont été citées (loin derrière Gainsbourg, Ferré, Bashung mais ex-aequo avec Daho, Manset ou F. Hardy). Dans les classements des meilleurs disques français, "The no comprendo" ou leur premier disque côtoie Mustango, Cheyenne automne ou Lilith. Il faut dire que la discographie muratienne est nettement plus imposante que celle des Rita+ Ringer réunis.
Le fait qu'on ait peu interrogé Murat sur les RITA est aussi un signe, alors que les références à Dominique A, Manset, Souchon sont nombreuses. Qu'on ne retrouve pas de coup de griffe de Murat sur le duo en est un autre. Indifférence? On sait qu'il était peu enclin à féliciter ses collègues, et n'a pas daigné donner un satisfecit au Rita (je pourrais mettre une citation où il ne peut donner le nom d'aucun bon instrumentiste, ou compositeur en France -enfin : il n'en existe presque pas dit-il).
Le fait est que Murat comme les Rita ont rapidement connu un déclassement : Yves Bigot parle de la triste programmation des Rita en 2007 sur une scène annexe de Rock en Seine "comme s'ils ne comptaient plus décisivement".
2) Différences/points communs en vrac et vite fait, j'ai trop d'actus à traiter, hop, hop...
- Il semble que Murat qui n'était pas beaucoup plus âgé que Fred Chichin a été marqué par des références plus américaines et classiques : Dylan, Cohen, le blues, les groupes rocks des années 70 comme Eagles, America ou Family, même si bien sûr il s'intéressait à tout. Fred était plus marqué par les anglais, par Bowie (peu marquant pour Jean-Louis), les Sparks (le duo a failli prendre un nom faisant référence à ce groupe) mais aussi par Ferré, le travail de Pierre Henry, avant de se tester au funk, pendant que Catherine aimait Brassens, Piaf, le tango et la musique classique.
- Bernard Lavilliers a raconté qu'il a passé des nuits avec Fred Chichin à essayer de mettre en musique des poèmes de certains auteurs. Que Clara ait fait sa première partie, ou que Murat l'ait encore croisé en télé dans les années 80, n'ont pas rapproché les deux hommes.
- Fred Chichin avait certains côtés réactionnaires et s'était construit un peu en opposition à son père militant communiste. Murat a dit: "j'aime plutôt les gens qui sont ni de droite, ni de gauche mais plutôt d'un sorte d'anarchisme classique. Ils ne sont enfermés dans rien, se remettent toujours en question et sont toujours contre". Une citation qui pourrait coller à ce que j'ai appris des Rita, qui ont été proche de Nabe, un profil qui a intéressé JL Murat: "des sortes d’anarchistes de droite qui sont à la fois chrétiens et à gauche des communistes. Ils voient la foi comme un super communisme. C’est une façon de penser qui me plaît et qui a quasiment disparu. J’essaie de la retrouver chez des moralistes, chez des écrivains, mais ils se font laminer : Houellebecq, Dantec, Nabe… Je ne suis pas toujours d’accord avec eux, mais j’aime bien ces gars-là et leur état d’esprit combatif".
- Comme avec certains propos de Murat, la diatribe contre le rap de la part de Fred Chichin a été largement récupéré par la réac-osphère (Naulleau) : « Le discours d’un Doc Gynéco peut se résumer ainsi :« Si j’étais riche, je m’achèterais une Porsche et je t’emmerderais, bâtard. » Je les connais bien ces types, j’ai travaillé avec eux. Je suis resté deux mois avec une quarantaine de rappeurs. C’est édifiant sur le niveau et la mentalité… Le rap a fait énormément de mal à la scène musicale française. C’est une véritable catastrophe, un gouffre culturel. La pauvreté de l’idéologie que ça véhicule : la violence, le racisme anti-blancs, anti-occidental, anti-femmes… C’est affreux. », mais comme chez Murat, c'est à relativiser : une vanne sur PNL n'empêche pas qu'il aimait le rap, a repris I AM, ou érigeait K. Lamar au rang d'icône.
- Paris/province : Fred avait un grand-parent maternel d'origine auvergnate.. et qui tenait un débit de boisson à Paris, et son père s'appelait Jean-Louis, mais à part ça.. Les Rita étaient parisiens, enfants d'intellectuels et pour Murat, "la chanson française est très citadine, centralisée, par des Parisiens pour des Parisiens". On n'envisage pas Fred Chichin au cul des vaches mais Jean-Louis a lui aussi vécu des épisodes de vie alternative, dopes et overdoses des copains. Auraient-ils pu se croiser dans les années 70?
Fred a seulement deux ans de plus que Jean-Louis, mais débute sa vie alternative dès 14 ans, mais rien n'indique qu'avant Clara, Murat ait fréquenté le milieu dans lequel Fred traîne, d'autant que le jeune Bergheaud a des connexions avec un milieu plus folk et hippies (la revue chanson, le groupe Ange, via Hervé Bréal...je n'explique pas, utilisez la fonction recherche du blog). Les fréquentations et le mode de vie de Fred lui valent de passer un moment en prison et d'attraper son hépatite : les Taxi Girl - Mirwais parle de Fred dans son livre-, Olive, Alain Kan, Jean Neplin, Patrick Eudeline (qui a livré des souvenirs gonzo des Rita, publiés par Causeur) et Rikky Darling. Ces deux derniers croisent la route de Murat à la Bourboule en 78 , le festival organisé par le pote dealer de Jean-Louis. Cela peut faire penser à la relation d'amitié des Rita avec Frank Henry (Frankus sur les réseaux):
J'ai connu Fred Chichin au placard, à Fresnes. C'était avant les Rita Mitsouko. Il était tombé pour une histoire de came bidon. Pas un voyou du tout, le mec... Il était sur Mars. Complètement terrorisé par cet univers glauque. Moi-même musicien, à mes heures, j'ai immédiatement sympathisé avec lui et aussitôt tenté de le rassurer. En lui expliquant qu'il ne resterait pas enfermé très longtemps. Ce fut le cas. Quelques semaines à peine... Après quelques années d'enfermement, pour ma part, je l'ai retrouvé à Paris. Il était pote avec Olive, du groupe Lili Drop, dont je fus un temps, plus ou moins... manager. Une couverture, bien sûr... Entre-temps, Fred était devenu une rock star. Au firmament du rock francais. Avec Catherine donc, dont j'ai fait l'heureuse connaissance, à cette époque. J'ai alors assisté à pas mal de sessions au studio "Le Garage" , dans le 20 ème, lors de l'enregistrement de l'album "Marc et Robert". J'étais alors dans une phase aiguë de grand banditisme. Les Rita's le savaient mais ne m'ont jamais évité, pour autant. Au contraire, je crois que mes histoires de fou les amusaient... Nous avons passé ensemble quelques soirées et moments mémorables. Ces deux personnes étaient simplement délicieuses et leur compagnie était aussi précieuse que bonifiante. A l'époque, je passais mon temps sur les routes de France, avec mes complices, à repérer mes futures cibles et victimes : Les banques... Que nous braquions sans vergogne. Nous avons ainsi sillonné quasiment toutes les autoroutes de France. Et fréquenté, de fait, beaucoup de stations essence. Et je me faisais un devoir d'acheter toutes les cassettes VHS pornographiques, dans lesquelles avait œuvré Catherine, et ce malgré le fait que la maison de disques Virgin avait tout fait pour essayer de retirer toutes ces vidéos du marché. Mais il en restait quelques unes, par ci, par là... Je me faisais alors un honneur de les remettre ensuite à Catherine, qui les recevait avec une vraie émotion. Me proposant même de me les rembourser. Ce que je refusais, évidemment. Je crois qu'ensuite elle les brûlait, ces cassettes. Voilà, c'était mon histoire en rapport avec cette belle et bonne dame, au talent immense et rare. Hier, j'ai eu les larmes aux yeux. Elle a, j'espère... retrouvé Fred. Que les cieux leur soient doux à vivre, dans une belle éternité rock n roll.
Dois-je conclure sur le fait qu'on n'est pas chez les buveurs d'eau? On fera donc le lien par le joint, même si chez Murat, la création artistique est aussi associée au sport et à une pratique plus ascétique, et pas systématiquement "chargé", même si Jean-Louis a dit clairement que l'histoire de la musique rock est aussi celle des drogues ou défendait le cycliste Lance Amstrong en s'énervant comme la lutte antidopage... Au moment de Grand Lièvre, notamment, il faisait ainsi ce qu'on pourrait qualifier de grand écart entre "le bon père qui veut protéger ses enfants" (discours commençant à être fort sur Grand lièvre) et "le rocker éternel qui doit brûler sa vie (j'ai déjà écrit ça quelque part, je me copie sans vergogne pour aller plus vite).
- La seule amitié commune que j'ai pu détecter entre Murat et les Rita était Rachid Taha. On en parlé là, même s'il y en a sans doute d'autres. Et peut-être Bayon... qui convoquait le duo lors du grand article fondateur "Couleur Murat" de 1988:
"Regrets, remords, rancoeur
Il a morflé ? Et Rita Mitsouko, alors ? Gainsbourg ? Bergen Bas(c)hung ? Quand Murat dit : «C'est du rabe», on sent là certaine saveur d'amertume et de gâchis à remâcher. A douter de tout pour toujours. Comme on dit : «C'est trop tard.» Fastoche."
Le "frère de laid" de Jean-Louis aurait aussi qualifié les Rita Mitsouko de groupe "inégal et inégalable", et avait proposé à Catherine d'écrire pour Libé, l'article hommage à Jean Neplin lors de mort.
En passant, j'ai retrouvé ce propos de Bernard Lenoir :
« Il semble qu’on se souvienne plus volontiers de moi comme un des «passeurs» de la musique pop anglo-saxonne la plus pointue. Pourtant bien avant Feed-back, l’Inrockuptible ou C’est Lenoir, des années de programmation des soirées de France Inter pour le Pop Club de José Artur, Pas de Panique ou Marche ou Rêve m’ont amené à porter tout autant d’intérêt à la chanson française la plus novatrice. Cette compilation réunit les artistes emblématiques de mes choix musicaux pendant tout ce temps passé aux aguets d’une expression artistique sortant de l’ordinaire. Certains étaient déjà des icônes vénérées (Serge Gainsbourg / Françoise Hardy / Christophe / Brigitte Fontaine) d’autres le deviendraient plus ou moins vite (AlainBashung / Les Rita Mitsouko / Étienne Daho / Noir Désir) mais combien allaient devoir longuement batailler pour imposer un talent qui me semblait évident ? Cette quête fût à l’origine de découvertes épatantes et de liens désormais indéfectibles : Gérard Manset, Alain Bashung et Jean-Louis Murat bientôt rejoints par Dominique A, Rodolphe Burger, Rachid Taha, Katerine, Camille, Mendelson, Florent Marchet, etc…
Tous resteront pour moi un bel exemple de détermination et d’intégrité. Le plaisir fût grand de relayer sur les ondes pareil talent en partageant cette mélancolie qui nous habite. »
- Salle commune : Rita Mitsouko a inauguré la Coopérative de Mai, à Clermont-Ferrand, en mai 2000... alors que Murat viendra la fréquenter en décembre pour la première fois, antépénultième concert de la tournée Mustango. Et je vois que Raoul Chichin a joué en première partie de Neil Young/Crazy horse... avec les Backstage Romeo, à Vienne...
- Ah, j'étais assez persuadé de trouver une programmation commune dans une émission télé dans les années 80... et je vois du beau monde, même du Céline Dion, à Stars 90, annoncée après Jean-Louis en 1992... mais de Rita, point.
- Du côté de Reignier (Haute-Savoie), on se rappelle du passage des Rita Mitsouko, lors de l'édition 1985 du festival des Rocailles (avec Francis L, lui aussi décédé cérébralement trop tôt). Clara et Mme Atomos avaient joué lors de la première édition en 1980. Il faudra me rappeler que j'ai des archives inédites à diffuser à ce propos!
Si vous avez d'autres idées, n'hésitez pas à commenter!
PATRICK ZELNIK
Et comme le veut la loi des séries, peu de temps après Catherine Ringer, on apprenait le décès de Patrick Zelnik, premier président de Virgin France, en 1980, aux côtés de Thierry Haupais et Philippe Constantin. Il fonde ensuite NAIVE, et Marie Audigier deviendra sa collaboratrice, avant de prendre la direction du label, une fois que celui-ci a été racheté par Believe.
Quelques archives de ces années folles:
Extrait de Showmag en 1987 (avec des nombreux noms ayant travaillé avec JLM à l'époque, comme Marc Maréchal, A. Artaud, Olivier Bas, mais à peu près tous...). Désolé, je n'ai pas l'intégralité du document.
Voici un article du Monde de Véronique Mortaigne de 2008 où il est beaucoup question de l'amie Carla, et les Rita: Patrick Zelnik, label sensible
Sa maison de production, Naïve, commercialise les chansons de Carla Bruni, l'épouse du président. Cette mission délicate n'effraie pas l'ancien patron de Virgin, un hypertimide qui s'est soigné par la réussite.
Par Véronique Mortaigne Le 12 février 2008
Il a l'air gêné, mais chez lui, c'est naturel. Avec ses lunettes arrondies, ses allures de gaffeur professionnel, sa propension à rêver en marchant, Patrick Zelnik a souvent été comparé à Woody Allen. Parfois irrité, le président de Naïve, le label qui distribue Radiohead et Pierre Perret, n'élève jamais la voix. Elle est naturellement persuasive. Lui, est hypnotiquement bavard. Non qu'il soit un orateur-né, mais il ne perd jamais le fil d'une pensée souvent en rupture.
Les dossiers délicats, Patrick Zelnik connaît. Certains, brûlants, ont fait la "une" des journaux. Patron du groupe Virgin pour la France de 1988 à 1997, il menait - déjà - la bataille politique pour l'ouverture des mégastores le dimanche. Le voici, vingt ans plus tard, devenu artisan du disque et président du Syndicat européen des sociétés phonographiques indépendantes (Impala), faisant plier la Commission européenne, l'obligeant à annuler pour un temps la fusion entre deux géants du disque, l'allemand BMG et le japonais Sony.
En 2008, l'ami de Richard Branson est placé devant un hic : produire le prochain album de l'épouse du président de la République, Carla Bruni. Le cas est embarrassant. Un vrai test de personnalité. A qui pareil accident discographique pouvait-il arriver, si ce n'est à lui ? "J'ai beau chercher, je ne vois pas", dit Marie Audigier, manageuse de Jean-Louis Murat et ex-cadre de Naïve. C'est cette "PME culturelle" que Zelnik a fondée en 1998 avec Eric Tong Cuong, créateur de l'agence de publicité BETC Euro RSCG et Gilles Paire, ancien PDG d'Universal France.
Patrick Zelnik veut croire à la version du Journal de Carla B. tenu chaque semaine par Le Canard enchaîné : "Alors, la gauche, on dit merci qui ?" La fiancée de Nic', "mon Etalonnette", se targue d'avoir assoupli les positions de son amoureux sur les 35 heures, sur les OGM... Devenue première dame de France, pur produit de la gauche jet-set, elle a l'oreille du président, son mari. Comme elle est impliquée dans le business de la musique, qu'elle répète que sa maison de disques, Naïve, est la meilleure qui soit, Patrick Zelnik peut nourrir l'espoir d'être entendu par le pouvoir sur des sujets qui lui tiennent à coeur : la baisse de la TVA sur le disque (19,6 % quand le livre est à 5,5 %), la défense de la diversité culturelle...
Naïve est une maison informelle, parfois brouillonne et toute en circonvolutions, à l'image de son patron. On y produit des disques, des livres, du multimédia. Elle est installée dans le 9e arrondissement de Paris, dans la Nouvelle Athènes. Lieu de rendez-vous obligatoire, l'Hôtel Amour, un dérivé rock des Hôtels Costes, dénommé "le jardin" chez Naïve.
Sentimental, Zelnik ? Oui. Des yeux facilement mouillés, un sourire de garçon, un polo de bonne qualité, un jean, faux naïf éberlué et homme d'affaires astucieux. Positionné à gauche, sans être encarté, il avoue sa participation à un meeting de Lionel Jospin et déclare son aversion pour l'utilisation des artistes à des fins politiques. Quand Carla Bruni arrive chez lui en 2002, grâce au patron d'Art Media, l'agent artistique Bertrand de Labbey, on se dit que la chanteuse et le PDG appartiennent à la même famille. Carla Bruni vendra 2 millions de Quelqu'un m'a dit, dont plus d'un tiers à l'étranger, puis, en 2007, 200 000 exemplaires du deuxième album, No Promises, dont une majorité à l'exportation.
Après avoir, il y a cinq ans, sauvé l'économie fragile de Naïve, Carla Bruni-Sarkozy devrait entrer en studio en mars pour enregistrer un troisième album. "Ce passage-là ne sera pas plus difficile que celui qu'elle a opéré de top modèle à chanteuse, car la France n'aime pas le mélange des genres. Ce sera le premier cas d'une femme de président qui continuera à exercer son métier sans dépendre de son mari et ce n'est pas parce que cela ne s'est jamais produit que c'est impossible", démontre en souriant Patrick Zelnik.
Etait-il au réveillon à la Lanterne, à l'anniversaire de l'amie Carla, à son mariage ? Nicolas téléphone-t-il vraiment chez Naïve pour vérifier le plan marketing du futur album de son épouse ? Zelnik le pourfendeur du loisir abrutissant est-il gêné d'entendre Carla Bruni chanter Bon anniversaire avec Didier Barbelivien, copain du président et symbole de la "grosse variet" ? Patrick Zelnik esquive, répète que Carla Bruni est "infiniment cultivée, extrêmement travailleuse" et que, pour le reste, "tout dépendra de la qualité du disque qu'elle est en train de composer. Je n'ai jamais accepté la rationalisation du choix artistique. Je crois à l'accélération du pouls, au frisson". Et il nous prie de ne pas résumer Naïve à la Bruni.
Naïve est, avec Wagram, en tête des labels indépendants français. C'est la maison de Mariane Faithfull, de Raul Paz, de Pink Martini et, fortement présente dans le répertoire classique, celle de la violoncelliste Anne Gastinel, de l'Ensemble Accentus ou du violoniste Laurent Korcia. "Un éditeur est celui qui n'a jamais écrit un seul livre, mais les a tous signés", cite encore cet ex-timide maladif, dont le nom est indissociable de l'aventure Virgin - et inversement.
Le destin de ce fils d'un patron de société de confection - des origines russes par sa mère, polonaises par son père - passe par Londres, Carnaby Street et le Marquee Club. Etudiant à Dauphine, il lit Billboard, la bible des professionnels de la musique. "Je voyais des types à cheveux longs et sans cravate qui étaient directeurs du marketing", le rêve. En 1973, il entre "en maison de disques", chez Polydor, "assistant au département import-export, j'étais hypertimide. On m'avait demandé d'expédier quatre affiches de Moustaki en Amérique latine, j'avais mis quatre heures à les plier".
Patrick Zelnik, cependant doué, devient directeur international et marketing de Polydor. En 1977, il repère à Londres le premier magasin Virgin, une jeune boîte créée par Richard Branson. En 1980, il crée Virgin France, avec Philippe Constantin et Thierry Haupais, tous deux prématurément décédés. Ce sera les Rita Mitsouko, Bashung, Téléphone, Souchon, Daho, Renaud, Peter Gabriel... "Avec eux, je n'ai jamais été PDG, mais toujours Patrick Zelnik."
Merci qui ? "Merci Nina Malolentenkoff, celle qui a commencé à m'enseigner le piano classique à l'âge de 15 ans. Grande lectrice, elle m'a donné à lire toute la littérature allemande, puis toute la littérature russe, etc." Patrick Zelnik aurait pu être un artiste : il avait composé des musiques sur des textes d'un poète ami de ses parents et de Georges Brassens, René Fallet. Brassens avait aimé le résultat, mais conseillé de "travailler sa voix" au jeune homme, qui prit la mouche et devint ainsi un PDG sensible.
Véronique Mortaigne
Paulo était tout excité. Pourrait-il enfin disposer d'une correspondante parisienne enthousiaste et disponible pour relater quelques événements parisiens? Allo Corina?
- ah, tu sais que j'existe?
- euh oui, bien sûr... mais tu sais bien que je dois faire des sacrifices pour remplir mon sacerdoce...
- Oui, et qu'est-ce que tu veux?
- Bin, écoute, tu débarques à Paris, et je t'ai trouvé une invitation pour voir Albin de la Simone...
- qui? Tu ne m'avais pas promis The CURE déjà? Et je préférerais Zimmer 90 (le 17/11 à l'Elysee Montmartre, je te rappelle).
- Euh... bon, écoute, qui se ruine pour ta vie parisienne? Alors, tu fais la pige pour Bibi, sinon, c'est régime sec, tu piges? Et tu verras, au niveau pop minimaliste, Albin, ce n'est pas si loin de ton groupe {même si je pourrais te balancer ce que disait Murat du groupe "Air", une de leur influence évidente).
Hi Daddy, tu m'avais emmené voir le Soldat rose quand j'étais petite au Théâtre de la Porte Saint Martin, je me rappelle un peu du lieu, mais le spectacle d'Albin ne se déroule pas là : Le petit saint Martin est un peu plus loin. C'est l'ancienne école du mime Marceau, tu connais?
- Mais oui, bien sûr! Michael Jackson était fan et allait le voir en spectacle!
Capacité de 200 personnes. C'est bien rempli pour cette 3e représentation d'une série de 8 spectacles (les jeudi et vendredi, jusqu'au 25/09. EDIT : C'est prolongé en octobre, dont une représentation un samedi!
« Même le passé est imprévisible », nous confie Albin de la Simone lors de son spectacle Mes Battements, une phrase qui m’a bien fait réfléchir. Bien plus qu’un simple concert agrémenté de dessins projetés, cette prestation est une invitation à plonger dans son enfance. Il nous y emmène, alternant entre moments marquants et tous petits détails, tantôt avec humour, tantôt avec gravité.
Cette rétrospective, il dit ne pas vouloir la partager dans un but nostalgique mais évoque la métaphore du rétroviseur : regarder derrière soi, que ce que l'on voit soit beau ou laid, est indispensable pour avancer. Le mélange entre ses récits, les dessins qu’il réalise lui même assez simples (naifs?) mais allant parfaitement de pair avec ses chansons, variés, légères mais profondes, crée une transmission précise de l’essence et de l’émotion des mélodies au public. On a l'impression de se retrouver avec un ami, un soir où il est d'humeur à se confier. C'est tendre, drôle, et un vrai moment de théâtre conçu et mis en scène par Albin lui-même.
Si la salle ne comptait pas beaucoup de personnes de mon âge, le fait de n’avoir pas encore traversé la « crise de la quarantaine » n’a pas gaché mon plaisir. Je recommande vivement !
Merci Corina!
Tu m'as parlé du moment où il raconte que ses amoureuses d'enfance l'accompagnent encore. Tu es peut-être encore trop jeune pour le comprendre, mais Murat l'a lui aussi si bien chanté dans "le mont sans souci". Quant à la quarantaine, c'est bien ce qui m'a tant touché dans son disque "un homme" chroniqué en 2015 ! J'espère que tu vas faire encore de nombreux spectacles pleins de vieux! PS: On rappelle qu'Albin a accompagné sur scène Murat au café de la danse en 2004.
Mes Battements est aussi un livre paru en 2025 avec un volume 2 à paraître le 7/10/26: "En quittant mon collège de campagne pour le lycée de ville, puis en changeant de pays pour la Belgique à 15 ans, entrant dans une école d'art entouré d'adolescents tourmentés comme moi, j'ai cru que j'abandonnais enfin, comme la mue d'un serpent, cette peau de garçon incompris et harcelé."
Le disque Toi là bas est sortie lui le 7/03/2025 (dans la série Mieux vaut que jamais)
Merci à Marie qui me transmet l'article qui n'était pas encore apparu dans mes différentes alertes.
C'est une longue interview dont est spécialiste Gonzaï qui nous permet d'en apprendre plus sur trois clips des années 90, avec le réalisateur Philippe Gautier, et surprise, l'interview est menée par la roi de la biographie (il a écrit un livre pour le dire, où il est question de celle qu'il a commise sur Jean-Louis Murat, c'est dans la liste des TO DO de vous en parler) Sébastien Bataille. On le reconnaît bien quand il assure son autopromotion en fin d'article: "Pour aller plus loin : Philippe Gautier a accordé une longue interview à votre serviteur au sujet de ses clips pour Stephan Eicher (Déjeuner en paix, Des hauts, des bas, Hemmige, Ni remords, ni regrets) dans la première biographie consacrée au chanteur, parue en 2025 aux éditions L’Archipel (préface de Rodolphe Burger)".
Je ne pense pas qu'on avait le nom du réalisateur pour ces trois clips (le site officiel ne cite que les plus récents). On avait parlé des réalisateurs des derniers clips : Christophe Acker (over and over et le blues du cygne), les Biscuit Production, Alexandre Rochon (j'ai fréquenté la beauté), Temple caché pour le double clip de baby love, Jean-François Spricigo (french lynx) et Edouard Deluc (au dedans de moi, le cri du papillon) et qui a réalisé des films depuis... Il me semble qu'on a dû parler d'un autre.
Cela commence par ses travaux avec les RITA MITSOUKO . C'est à lire ici:
Philippe Gautier fait le récit d'une collaboration paisible et enrichissante, et d'un Jean-Louis Murat très drôle.
(la photo d'illustration est taguée chatgpt...)
Extrait:
Vous avez aussi clippé Jean-Louis Murat trois fois dans les années 90 : Par mégarde, Le Matelot et Le Train bleu. Il n’était pas encore le bougon médiatique que l’on connaîtra plus tard. Connaissiez-vous son œuvre ?
Philippe Gautier : Je ne savais pas grand-chose de lui, j’ai été très impressionné quand je l’ai vu en concert, le son des guitares était très puissant. Je ne connaissais pas très bien son travail. Il y avait une force incroyable chez lui, tout un monde. J’ai beaucoup aimé travailler avec lui, il avait un humour très incisif, très anglais. Il était très drôle.
Finalement, comment se sont déroulés les tournages avec l’Auvergnat, lui qui a toujours eu un rapport complexe à son image ? Était-il facile à diriger, patient ? Était-il impliqué ?
Philippe Gautier : Oui, plutôt patient, très ouvert. C’est bien lui qui, par exemple, dans le clip de Par mégarde, a suggéré les œufs dans un nid dans la paille car ils étaient un symbole de fertilité. Une fois qu’il avait lu le synopsis et qu’il acceptait de le faire, ça suivait son cours sans problème, il ajoutait des petites touches au cours du tournage.
Justement, on imagine qu’il est à l’origine du scénario de Par mégarde, une adaptation de la scène du balcon de Cyrano de Bergerac ? Comment est venue l’idée du mélange entre musique et dialogues théâtraux ?
Philippe Gautier : C’est une proposition que je lui avais faite. Je cherchais un personnage fort. J’ai pensé à Cyrano de Bergerac et surtout à la scène du balcon où Cyrano aide Christian à séduire Roxane. Dans le clip Par Mégarde, Jean-Louis (Cyrano) souffle les paroles de la chanson à Christian qui chante alors en play-back. Roxane écoute et répond avec les mots d’Edmond Rostand.
L’idée était de faire dire à l’écran les paroles par l’auteur et de les faire chanter par un autre, une sorte de pied de nez au play-back. C’était aussi retrouver l’importance de l’auteur, de l’écrit, et de souligner le caractère mimé du play-back. La dimension humaine de Cyrano, un personnage désespéré, généreux et drôle, me semblait aussi un personnage que Jean-Louis Murat incarnerait avec plaisir, lui qui était direct et poétique. Ambre Fernandez, la chef décoratrice, a construit un balcon caché dans le lierre. Le clip fut tourné en une journée et en une nuit avec le chef opérateur Éric Gautier, avec un traitement d’image très cinématographique. La nuit fut fraîche, longue et la pluie fut aussi au rendez-vous.
Le clip Le Matelot paraît avoir été réalisé à l’arrache. Avec le recul, cristallise-t-il l’essence du personnage Murat comme un polaroid sur le vif (le dandy romantique aussi flamboyant que tourmenté) ? Quelle a été la part d’improvisation de ce tournage qui allait changer la vie de Murat ?
Philippe Gautier : Le décor d’une chambre avait été construit en studio. Une histoire d’insomnie. Peut-être y avait-il eu une dispute, elle dort, lui non. Le personnage joué par Jean-Louis Murat était dans ses pensées. Il était assailli par des visions, des sentiments divers. Il y a eu une part d’improvisation, une fois le principe lancé, la liberté pour interpréter était totale. La chambre était devenue le lieu d’une tempête dans un crâne. Des effets de lumière, de vent, éclairés par la lumière de la lune, se succédaient dans la pièce.
Une tempête de plumes soufflait, une pluie tombait à torrent sur le lit et trempait entièrement la pièce, l’actrice continuait à dormir. Ils ne se connaissaient pas. Ils se sont rapprochés l’un contre l’autre pour se protéger de la pluie glacée et ne sont plus quittés par la suite. La chambre était comme un bateau dans la tempête et un homme se battait contre la violence des éléments. C’était un monde entre rêve et réalité, le décor était unique, mais à chaque fois, habillé de lumière avec une accessoirisation différente. L’idée était de faire voler en éclats une situation réaliste et de faire entrer le personnage dans un monde onirique. Dans une des séquences, l’artiste se redressait d’ailleurs avec, au pied de son lit, une équipe de tournage, comme une intrusion de la caméra dans son intimité, une sorte de cauchemar expressionniste. Au pied du lit étaient disposés, les Kino Flos, la machine à éclair, les ventilateurs, les volets avec la volonté de montrer le matériel comme le faisait Godard (Le Matelot… la Nouvelle Vague… private joke).
Dans Le Train bleu, Jean-Louis et l’actrice Leonor Varela survolent en amoureux – et en parachute – une sorte de Carte de Tendre « inversée » (rochers de la soumission, forêt des infidèles, marais de la vierge perfide, etc.). Qui en a eu l’idée ? Racontez-nous les coulisses de cette aventure de haute voltige.
Philippe Gautier : Je crois que j’ai entraîné Jean-Louis dans ces thèmes liés à la littérature, certainement inspiré par le côté littéraire de ses textes. Après avoir exploré l’univers de Cyrano de Bergerac, je me suis souvenu de la carte du Tendre. Au XVIIe siècle, Madeleine de Scudéry avait tracé l’itinéraire symbolique que les amants doivent suivre, sous la forme d’une carte géographique, nommée la Carte du Tendre. A partir de cette idée d’une représentation de l’amour comme d’un parcours, nous avons fabriqué une carte du tendre à l’ère des photos satellites, des survols par avion radar, des avions espions. Vue du ciel, cette carte vivante était composée de photographies et de vues aériennes. Chaque montagne, chaque vallée, chaque fleuve prenait le nom d’un sentiment propre à l’amour dont le nom était inscrit à l’aide d’une typographie flottant au-dessus du sol. La caméra en plan plus serré survolait en travelling des paysages, sur lesquels on lisait le nom du sentiment, alternant avec le survol d’un couple qui faisait l’amour, filmé en gros plan avec beaucoup de contraste.
Des parachutistes en vol ont prolongé le point de vue aérien avec des enchaînements de mouvements. La chute libre apportait cet élément de vertige propre à l’amour, cette impression de flottement, cette sensation d’envol provoquée par le train bleu des rèves. Le parachute s’ouvrait et nous retrouvions Jean Louis Murat et Leonor, accrochés l’un à l’autre sous la même voile. Unis, planant dans les airs, regardant l’atlas de la carte du tendre qui défilait sous leurs pieds à travers les nuages.
Après le matelot de l’amour, le « para » de l’amour ! Quel souvenir gardez-vous de lui ?
Philippe Gautier : Je garde le souvenir d’un homme intègre, droit, qui ne mâche pas ses mots, je l’ai trouvé bienveillant. Quand il était bougon à la télévision, c’est souvent qu’il avait de bonnes raisons de l’être. Et je dois dire que ses interventions à la télé me réjouissaient.
PS QUI AURAIT PU ETRE UN LIEN EN PLUS MAIS NON
On a justement parlé de la carte du tendre dans un article récent. POur les retardataires:
Voilà plusieurs mois que j'avais découvert la sortie d'un livre consacré au Puy-De-Dôme, qui évoquerait le plus pittoresque et original - made in 6-3- chanteur du cru, mais impossible de le trouver le jours de sa sortie, nous apprenons même son existence à la libraire de la Bourboule, surprise de n'en rien savoir. Il semble qu'il y a eu du retard à l'impression... mais il a finalement été livrée à la Chef de Service "Culture, littérature et truffade" de Surjeanlouismurat.com qui a bien voulu nous en dire quelques mots.
Voici un guide singulier, que l’on sent né d’heures de promenades et de visites, nez au vent et curiosité en éveil. Loin des sentiers balisés, des sites ou des récits les plus célèbres, les auteurs (Pierre Moulier, fondateur de la revue Patrimoine en Haute-Auvergne,et Pascale Moulier, spécialiste de l’art religieux) ouvrent à la découverte de la région à travers des détails souvent discrets mais remarquables. Leur éventail est large, ce qui n’est pas le moindre charme de ce livre : curiosités architecturales et naturelles, artistes oubliés, textes littéraires consacrés à un lieu, personnages célèbres ou inconnus ayant laissé leur marque, objets archéologiques,événements historiques, récits, croyances et légendes. Ces éléments glanés ça et là, dans l’ensemble du département, dessinent la complexité de ce paysage, la profondeur de son histoire, les manières de l’habiter, de le représenter.
Insolite, notre Jean-Louis Murat ? Chantant ses paysages sur une musique héritée de la culture anglo-saxonne, iI a en tout cas droit à un long chapitre du livre, fourni et rigoureux, nourri de très nombreuses citations de paroles de chansons, et d’un extrait de l’exceptionnel dialogue avec Jean-Loup Trassard pour les Inrockuptibles. Les auteurs s’amusent aussi à retourner le cliché du chanteur enraciné mais universel (qui doit bien traîner quelque part dans ce blog !). On retrouvera l’ombre de Murat au détour d’un autre chapitre consacré aux cols les plus dangereux, la Croix-Morand et la Moreno anciennement Mort-Rayno ou Raynaud.
Pour les voyageurs décidés à prendre le temps de découvrir la région mais aussi pour ceux à qui elle est familière, ce guide invite à mettre ses pas dans ceux des auteurs : aller découvrir les curiosités sur lesquelles ils orientent joliment notre regard, mais aussi flâner hors des sentiers touristiques, cultiver lenteur, patience, attention aux détails : l’art de l’étonnement qui est, précise la préface, citant Aristote et Platon, le premier pas de la science.
ISBN 9782366541489 - 240 pages - format 17 x 24 cm
Vous pouvez cliquer sur les photos pour les agrandir et zoomer.
Le sommaire : richesse, éclectisme et fantaisie, un vrai régal. Avec, pour compléter l’invitation à ouvrir partout grands les yeux, des carnets de photos de détails insolites.
On notera qu'au rayon insolite, les personnalités sont peu représentées à part Jean Amblard, peintre mort à Rochefort dans sa maison familiale, mais qui a essentiellement vécu sur la région parisienne... et Blaise Pascal.
Merci Florence! Ces photos de graffitis auraient ravies notre ami Matthieu Guillaumond/ Fred Plainelle dont un des scoops célèbres avait été de dénicher une photo du slogan "suicidez-vous le peuple est mort" qui aurait probablement inspiré Jean-Louis [on a appris depuis que le groupe Clara utilisait les pots de peinture pour assurer sa promotion dans les rues de Clermont, c'est dans mes articles de fin d'année 2025]. L'article de Matthieu avait suscité la réapparition du graffiti, pour une nuit avant d'être effacée... Je n'avais pas soupçonné Matthieu à l'époque, trop vigilant à passer sous tout radar policier.
Quant au texte des camarades puydomois, lors d'une première lecture rapide, je me suis senti légèrement visé par l'évocation de la tarte à la crème sur le "régionalisme/l'universalisme"... du fait de mon article "Les cartes et le territoire muratien" et du texte rédigé pour la pochette du disque "AuRA aime Murat"*, mais leur propos est très juste.
*Pour ma défense, ce choix de titre impliquait d'être explicité et était effectivement un "ancrage" forcé à sa région que je voulais lever. Et le fait est que Murat a lui-même eu ce discours, en évoquant Springsteen, ou Dylan... mais le fait est que personne n'a vraiment eu le culot de présenter Murat comme un chanteur régional ou régionaliste. D'abord, parce qu'il a eu une audience plus large, que son inspiration ne peut pas être réduite à sa région et ses traditions. Surtout, comme les auteurs l'indiquent, sa musique vient des Etats-Unis et sa plume à la littérature classique française et jacobine.
Le Puy-de-Dôme insolite est un livre qui se picore. Le lecteur le feuillette, tombe sur un objet étonnant et unique, plonge dans des histoires parfois rocambolesques, voyage sur ce vaste territoire de près de 8 000 km² sans prendre les sentiers balisés. Il découvre ainsi des crânes mystérieux, des vases gaulois style Art nouveau, une sandale miraculeuse, Jean-Louis Murat, une coulée de lave qui dérègle les boussoles, un vitrail d’église représentant un mineur de fond, des statues transhumantes, des bouteilles dans les murs, des sculptures « olé-olé » sur des églises… un véritable inventaire à la Prévert qui montre à quel point l’Auvergne peut se montrer riche de curiosités étalées, un comble pour un pays qui aime bien cacher des choses. Cet inventaire, bien que très conséquent, reste sans doute non exhaustif tout en révélant par bribes un état d’esprit, un mode de pensée nourri d’espiègleries et surtout un passé que l’on a du mal à imaginer au XXIe siècle.
LE LIEN EN PLUS POUR rester dans le tourisme
Dans le guide de voyage Gallimard, "coups de coeur: Auvergne", les Vinzelles ont été invités à participer, et elles citent "accueille moi paysage", et le col de la croix morand
Quand je vous rencontre, certains me parlent des photos publiées et je me permets donc d'en ajouter. J'en ai partagé très peu ces derniers mois. J'ai un peu re-checké vite fait au cas où, mais on ne parlera pas de Murat, à part le Whisky dans Babel, aucune référence ne me vient. Pas de Loch Ness, d'Inverness, et d'Edimbourg... mais on pourra quand même penser au Sancy devant les monts ronds, les bruyères... mais, hélas, je n'ai pas vu de loutre, qui apprécie les lacs d'Auvergne autant que les lochs, mais des cerfs à foison, qui figurent bien dans l'inventaire faunistique muratien, comme les dauphins d'ailleurs.
Août 2026:
- Au Nord d'Inverness, un grand show, deux heures après la marée basse dans l'estuaire de la Morey: les dauphins sont vraiment pour certains tout près du bord, comme je le montre dans une photo.
Caingorns et montée au Ben Macdui (2e sommet le plus haut de GB).
Le Loch Ness, passage non obligatoire:
Glen Affric:
Cela porte bien son nom, non? Il n'y a pas de route goudronnée dans toute cette partie...
Pluviers (grand gravelot?) sous ciel pluvieux (avec le rouge sur le bec) et le plus gris, sans doute, un bécasseau:
Il parait que vous avez eu chaud? Nous, averses au quotidien... ce qui veut dire "arcobaleno" au programme... et rivières triplant de volume... rendant certains randonnées très compliquées, mais les cascades sont impressionnantes.
Apparemment, j'ai quand même vu un des emblèmes des cotes écossaises: l'aigle des mers, pygargue à queue blanche (je m'en rends compte que son mon ordi...)... Mais toujours pas, après l'Irlande, de macareux.
Sur l'ile de Skye:
Guillemot à miroir:
Il semble que ce truc dira quelque chose à certains:
En tout cas, ça fait venir du monde (on était nous un peu plus haut):
Sternes:
Petite pause à l'est de Londres :
Mirages et vestige du Pier de Herne Bay, filmé par Ken Russel : il fallait parcourir un kilomètre pour atteindre le débarcadère jusqu'à ce qu'une tempete la détruise en partie en 78 :
Le même jour, sur france Info, on évoque aussi l'expo avec quelques propos de Frank:
Et le même jour, sur France Inter, dans l'émission de soirée en direct du festival, Frank est interviewé par Matthieu Conquet. C'est à 13 minutes, et c'est très rapide.
Alister, fondateur de Schnock et collaborateur de Rock and Folk a partagé un vieil article datant de cinq ans qui nous avait échappé. On y découvre que Didier Bourdon est fan du Manteau de pluie et notamment de l'ange déchu. On connaissait le goût pour le rock de l'auteur des grandes chansons à succès rappetout, Manu tu descends, ou c'est toi que je t'aime, suite à son passage sur une émission du net avec Michael Jones où il avait livré une belle version des Pink Floyd, mais pas son goût pour Murat.
Carla Bruni parlait de botox dans Gala semble-t-il, c'est repris par Gossip. Et on y trouve la citation:
« Je n’aurais pas l’air plus jeune pour autant. Je crois qu’il vaut mieux faire l’honneur à la beauté, comme le chante Jean-Louis Murat », indique Carla Bruni. Allez, c'est plutôt sympa d'y faire référence de la part de l'italienne dont Jean-Louis a dit qu'elle pouvait la contacter au milieu de la nuit pour lui parler de la Divine comedie de Dante.
LE LIEN EN PLUS EN TEMPS ADDITIONNEL
Zinédine Zidane a été interviewé sur un propos de Jean-Louis Murat. IL ne s'agit pas de son persiflage le plus célèbres contre notre numéro 10 qui a été repris dans le monde entier (« Personne ne sait si Zidane est un ange ou un démon. Il sourit comme Mère Theresa et grimace comme un tueur en série. »)
Jean-Louis Murat a dit à ton propos : « Zidane dans une équipe, c’était comme avoir Jimi Hendrix qui arrive dans un groupe et quand on lui propose d’être le leader, il dit qu’il va se contenter des maracas »… Tu vois ce qu’il veut dire ?
Je ne sais pas si Murat connaît bien le foot, mais s’il le connaît, il se sera aperçu que j’étais quand même un leader sur le terrain. Toujours, et sans jamais avoir besoin de beaucoup parler. C’était inné. Après, c’est vrai, il a raison, je n’ai jamais été un leader en dehors, mais je ne voulais pas l’être. Ça ne m’intéressait pas. Moi, quand le match était fini, je voulais profiter de ma famille, rentrer chez moi, me reposer. Je n’avais aucun besoin d’exister en dehors du terrain. Pour moi, le terrain se suffisait à lui-même.
Jean-Louis a aussi dit qu'il avait «le QI d’une courge» ...: "J’ai toujours eu de gros problèmes avec ses mauvais gestes. C’est une petite frappe à trois francs. Platini ou Messi ne mettraient jamais un coup de boule à un adversaire, c’est pour ça aussi que je les admire." Il était plutôt team Deschamps. Une des Inrocks inventée par Matthieu Guillaumond:
Pas des tonnes d'article sur le disque live "tour de France de Jean-Louis Murat" mais j'ai quand même un peu de stock à partager. Bonjour quand même!
Pour commencer, la masterpiece, sur le style et le fond, et on ne s'étonnera pas que ce soit signé Clément Chevrier pour Section26, l'ancien musicien des The Delano Orchestra et de Matt Low ou Garciaphone. On avait déjà lu son hommage pour Christophe Pie (dont il sera question), ses mots sur Les travaux sur la n89, ou pour le décès de Jean-Louis.
« As-tu aimé poser ton cœur à l’intérieur d’un être heureux ? »
C’est une vieille question qui revient à l’écoute de Tour de France 2022, l’ultime album – à date – de Jean-Louis Murat, et le premier posthume de ce que les fans les plus insatiables espèrent voir devenir une série – une nouvelle carrière, peut-être.
Le rêve d’un coffre aux merveilles, d’un vault comparable à celui de Prince à Paisley Park, a été entretenu par l’Auvergnat lors de ses interviews. Il aimait gloser sur la discipline de l’artisan, sur l’écriture quotidienne, et les comptes montent vite : malgré le rythme effréné de publication adopté à partir des années 2000, des montagnes de chansons inconnues dorment quelque part – peut-être.
Mais – toustes les auteurices de chanson issu·es de cette Terre vous le diront : à moins d’un état de grâce particulier, il faut écrire beaucoup pour ensuite trier le bon grain de l’ivraie, et savoir jeter, jeter et jeter – et semer. Ce que Murat a su et dû faire, en se plantant parfois – comme tout le monde. Aussi, quiconque l’a vu en concert sait qu’il y a toujours eu des inédits, que certains ont fini sur les albums, d’autres non, et que parfois les merveilles restaient sur le carreau, sans autre trace que les mémoires. Et que nul disque n’est parfait – hors la période qui s’étend de Live in Dolores à Le Moujik et sa femme et presque Lilith – l’état de grâce. Avant, des choses ont vieilli, des intentions ont pesé sur les chansons. Après, il y a eu deux tentations entre lesquelles naviguer : celle de la zone de confort musicale, parfois combattue, parfois non, et celle d’obsessions dans les paroles qui ont pu être redondantes – ce n’est pas un reproche, mais un constat inévitable dans l’art difficile de faire carrière.
Un sommet s’élève dans cet après, l’inusable Taormina, parce qu’un disque qui abrite « Accueille-moi paysage » est aussi existentiel que possible, et que c’est peut-être la meilleure veine de Murat – la métaphysique du quotidien, non dénuée d’humour. Babel est juste derrière – tout juste.
*Hors vault, on se retrouve donc en 2026 avec ce live d’une tournée réputée excellente – que j’ai loupée, et – spoiler – je m’en mords les doigts, parce que le groupe fonctionne comme il n’a pas fonctionné depuis longtemps – le Delano Orchestra de Babel ? Les débuts du trio avec Stéphane Reynaud et Fred Jimenez ? Tout n’est pas parfait – heureusement – ce n’est pas le propos – jamais. Il ne s’agit que de sentir le temps ne plus s’écouler de la même façon, parfois même de le voir étal, tel qu’il est – on n’est pas à l’abri d’un coup de pot.
Sur scène en 2022 avec Murat, le fidèle Jimenez à la basse – cf. Benicassim 2000, coup de pot 3000 – et les Clavaizolle père et fils, Denis et Yann aux claviers et à la batterie. Advient ce que l’on n’osait espérer : la sortie des petits sentiers qui tournaient de plus en plus en rond, de plus en plus près de la maison – ce qui faisait que les derniers disques et les obsessions devenues patrimoniales pouvaient laisser au loin, à la porte – fermée de l’intérieur, un riff et un ciné vox de plus et cætera, un peu rock, un peu soul, un peu ça – des rêves barricadés de maréchaux d’empire, loin des quasars et des prairies. On sent Murat heureux d’avoir un groupe aussi bon – capable de trouver de nouvelles directions, de le surprendre – pas seulement solide – comme s’il fallait à la fois se connaître et ne pas se connaître, parce qu’il s’agit bien là de l’opposé du « se connaître par cœur », il s’agit d’attention à la chanson et il s’agit d’inspiration, et de surprise, et de je-ne-sais-pas – de relations renouvelées, et de moment. Les claviers varient les timbres et sortent la guitare de Murat de la tentation du discours, autant qu’ils la soulagent de la charge harmonique – et ainsi peut-il en faire moins, choisir, et en faire moins au chant pour faire mieux, autre – la façon dont il arrive à « la mort est dégueulasse » sur Taormina redit en une entame de couplet sa dette infinie envers Véronique Sanson. Denis Clavaizolle applique une discrète Leslie à un piano acoustique glissé parmi les nappes, et on entend soudain les échos des encablures qui séparent Taormina de Pompei, l’Etna du Vésuve. Une autre dette, envers Léo Ferré, sur le duo piano-voix de « La Pharmacienne d’Yvetot » : même étirement dans le koan paroles et musique, même fond de colère anarchiste, sans le cœur à gauche. Issue de Morituri, il y a également « Frankie », aussi inspirée en mélodie – la marque de cet album post-Babel – sauf que les paroles posent question à l’auditeur.ice qui n’éprouve pas la peine de Murat pour la fin de certains mondes.
Parmi les chansons récentes, qui composent en majorité le reste de la set-list, ce sont les plus éloignées du terreau ciné vox, celles qui vont voir du côté de l’amour – venu, parti – qui enchantent – La Princesse of the Cool, Battlefield – de même celles qui rigolent – évidemment il y a Poulidor et Anquetil sur Montboudif, sur un disque intitulé Tour de France 2022, et les anquetilistes savent – on peut toujours crier « allez Poupou », un slogan ne suffit pas à gagner – et sans humour il n’y a pas de vie. En retrait, Où Géronimo rêvait ou Marilyn et Marianne se tiennent droit dans leurs bottes, beaucoup d’art au service d’un propos moins fin – Bitter Tears de Johnny Cash a plus de cinquante ans. Je songe avec regret que Murat n’a jamais rencontré son Rubin – son maïeuticien des adieux – il n’en a pas eu le temps. Et j’écoute Sonny Rollins qui vient de quitter le navire à son tour, et je regrette aussi que Murat n’ait pas pu ou su mener le même genre de retraites musicales, comme disparaître pour jouer trois ans sous un pont. Ça supposait sans doute de retrouver certains démons de certaines décennies, de déranger leur sieste pour leur marcher sur les sabots dans des gigues sans fin – on ne peut pas lui en vouloir, depuis l’autre côté de disques que nul ne nous force à écouter, d’avoir continué à publier et publier sans pause ni repos. Le long silence subi à l’orée de la carrière était un traumatisme, semble-t-il.
Et je ne regrette pas ces regrets – humains.
On rencontre un inédit à deux faces, Hello You, qui fait penser à la tendance pépère géniale de Leonard Cohen et son orchestre, une ambiance de bal dans laquelle le groupe excelle aussi – c’est un compliment – et c’est la troisième dette du disque. Pour la dette envers Neil Young, Parfum d’acacia au jardin avait déjà conclu il y a longtemps – avec la rythmique du grand trio, Stéphane Reynaud et Fred Jimenez, et Christophe Pie en Poncho Sampedro. Pie, dit l’homme qui faisait mieux jouer, qui tenait le disque à la force de sa guitare rythmique imperturbable et discrète – on peut fermer les yeux et n’écouter que lui sur Parfum… comme sa batterie sur Babel, une leçon pour les bavards et pour les silencieux. Et une piste : sur Tour de France 2022 comme sur Parfum d’acacia… ou Muragostang, le format du quartet, par ses contraintes différentes de celles du trio – ne pas marcher sur les pieds des autres, avoir une conscience d’une direction générale même en cas de digression – convient d’une étrange façon au Jean-Louis Murat de concert, celui qui voulait qu’il se passe quelque chose. Clavaizolle fils marche ainsi dans les pas de Pie : il fait mieux jouer qui a la chance de jouer avec lui, il tient sans bavardage, sans se retenir, fluidité et cailloux, la barre ferme sous les vents pendant que Murat désigne au loin différentes îles, différents caps, et que ça se débrouille, ça tire des boulets de canons un peu dans tous les sens parfois – cf. Paul Bley pour la théorie des divergences fécondes –, sur la même cible à d’autres, ça scrute le lointain sans même un murmure à d’autres moments – ça surprend.
C’est, autrement dit, la grande forme, et c’est un bonheur de pouvoir enfin l’écouter avec un son aussi beau. Merci à qui de droit.
* Reste qu’il m’est impossible d’imaginer une personne découvrir la musique de Jean-Louis Murat avec ce disque, d’imaginer sa réaction privée des passions et des mémoires dans lesquelles nous baignons. On songe à Tom Petty, chez lequel la porte d’entrée de ce côté de l’océan est le plus souvent Wildflowers – le vernis rock-quoi réduit au minimum, comme le vernis indie-comme-il-faut première façon de Murat a disparu de Mustango à Lilith, avant que ne s’applique un autre vernis en couches répétées – l’artisan folk-rock parfois imprévisible, inventeur du Facebook de 2026 à la télévision de 2006 – pas son meilleur geste.
Tour de France 2022 n’est pas Wildflowers, mais il est peut-être son Live at Leeds sans la démesure – un live qui tape, qui transfigure des chansons pas les plus courues de son répertoire pour en faire un geste artistique nouveau, riche et subtil – plus subtil que les riffs qui entament certaines chansons – et tant pis pour moi s’il y en a que j’aime un peu moins, parce qu’il y en a que j’aime follement, et que ça suffit à faire follement aimer un disque. Et puis, la dernière piste, Le Chemin des poneys, issue de Taormina, arrive en cadeau inespéré. Même le solo de guitare bourrin est finement posé comme un juron au détour d’un vers – dérangement et beauté. Tout est dans cette chanson, même ce que l’on n’entend pas. Ce que peu de gens gens ont su faire advenir.
Un grand merci à Clément et à l'équipe de Section26.
Sur cette chronique, on aura très rapidement l'occasion de revenir sur le terme "redondance" des paroles, ce qui sera évident à la lecture de l'intégral des textes à paraitre chez Seghers, ce qui n'empêche pas cette "métaphysique du quotidien" bien trouvée. J'aime beaucoup cette référence à Véronique Sanson sur "la mort est dégueulasse".
Ce sixième album - live, qui s’ajoute aux… vingt-deux enregistrés en studio, ponctue le parcours exceptionnel de Jean-Louis Murat, disparu subitement en 2023, tel un clin d’œil affectif à son « épais » public multigénérations. Celui-ci peut donc enfin apprécier « Tour de France 2022 » comme le présent testamentaire d’une chanson à jamais vivante de l’artiste. Forcément « collect’Or », en double vinyle ou CD, il reprend une quinzaine de morceaux, captés à chaque séance d’une tournée française de 40 dates, sélectionnés par Jean-Louis parmi les meilleures prises… juste avant de s’en aller. Réalisé par son complice pianiste de toujours Denis Clavaizolle, « ‘Tour de France » (titre de la tournée choisi par l’auteur du « col de la Croix Morand », fan de cyclisme), est tout simplement somptueux.
On y savoure dans un son haute couture plusieurs œuvres du dernier opus « La vraie vie de Buck John » arrangés façon scène parmi lesquels « Jean Bizarre », « Marylin et Marianne » et quelques autres, ainsi que l’inédit « Hello You » en titre porteur de cet ultime bijou.
Jean-Louis Murat. « Tour de France 2022 ». Scarlett Wagram.
- On passe au fidèle Michel Troadec de Ouest france:
Le concert posthume
Chanson. Jean-Louis Murat nous a quittés le 25 mai 2023, six jours seulement après la fin de la tournée qui accompagnait son dernier album, « La vraie vie de Buck John ». Cet enregistrement lui rend donc hommage, avec une majorité de titres de cet ultime opus. Le chanteur-guitariste y est particulièrement à l’aise, entouré d’une équipe de fidèles et excellents musiciens, les Clavaizolle père et fils (claviers, batterie) et le bassiste Fred Jimenez. Concert intense d’où se détachent « Taormina » (« La mort est dégueulasse », y fredonne-t-il…) tout en progression sur plus de six minutes. Mais aussi la très pop « Chacun sa façon » ou encore la perle inédite « Hello You »… Un disque qui nous rappelle combien le talent de Jean-Louis Murat nous manque, son chant magnétique, ses inspirations, sa vision du monde. On peut compléter l’écoute par la lecture du « Roman de Murat », signé Yann Bergheaud (Albin Michel, 22,90 €), où le regard d’un fils sur son artiste de père. Michel Troadec
- Dans le SOIR de Belgique:
Le Soir - Wallonie
mercredi 24 juin 2026 164 mots,
Un live d’outre-tombe
Cela fait déjà trois ans que Jean-Louis Murat est mort et il nous manque. De là où il est, il nous envoie cette carte postale… Oh, c’est peu de choses, un disque live, témoignage de son ultime tournée en 2022, mais c’est aussi beaucoup. Point d’extraits des grands albums ici (Mustango, Dolorès, Le Moujik et sa femme), mais une version hantée de Taormina, une autre pas moins hallucinée de ce blues de l’Auvergne qu’est Le chemin des poneys et le plaisir de retrouver pour un moment furtif cette figure essentielle de la chanson. Paysan et poète, Murat était quelque chose comme un Neil Young à la française, son rock était aussi fiévreux que sa voix était douce et apaisante, ses mots convoquaient les grands espaces, la terre, l’intime et la grande histoire. Ne l’oublions pas. Où que tu sois, salut à toi, l’Auvergnat ! D.Z.
- Et un petit mot dans TELEPOCKET:
Télé Pocket - Télé Pocket
Thursday, June 4, 2026 63 mots, p. 90
Jean-Louis Murat
Trois ans après la disparition, le 25 mai 2023, de Jean-Louis Murat, “Tour de France 2022” propose 14 titres captés lors de diverses dates de sa dernière tournée. Sur ce live, le chanteur et guitariste est plus “neilyoungesque” que jamais. Impossible ainsi de résister aux somptueuses relectures du Chemin des poneys et de Taormina , deux chansons plus anciennes. C.V.D.
un très court extrait : "Au total une heure quinze de bonheur. C'est beaucoup trop court! Encore! Merci à ceux qui ont fait ce disque possible. Je pense que c'est le meilleur disque live de Murat. Muragostang traumatise trop les chansons (j'étais au concert c'était fou, d'une puissance sonore inégalée, mais trop loin des chansons pour moi). Le Murat live de 1993 souffre de la comparaison au niveau de la sonorité groupe rock. Les autres enregistrement live (Parfum d'acacia par exemple) sont des expériences certes superbes mais ne rendent pas la notion de concert. Murat était un très grand, ce disque le prouve une fois de plus. Répertoire, jeu de guitare, chant. Et les musiciens sont excellent"
L'ARCHIVE EN PLUS
Après avoir eu un échange avec Marie Audigier ce matin, j'ai vaqué à mes occupations, dont regarder au moins une étape de l'édition du Tour de France, le faux, pas celui de 2022, puis retourner à mon grand ménage d'été, au fond de mon grenier, qui n'est pas occupé par une malle à secret... quoique... hier, j'ai retrouvé une belle affiche d'un Koloko... Bon, là, en l'occurrence, je me plongeais dans un carton non ouvert depuis 2005 provenant directement d'Allemagne. Sur la pile à jeter, je pose directement un livre de 1987 destiné aux étudiants en Français Langue étrangère...
et je me dis, tiens, il y a peut-être un truc sur l'Auvergne... Le sommaire aurait dû me faire faire demi-tour: Est mentionné pour "la France du Centre": terre d'exil, puis le Pays... mais je persiste... Et voilà que je tombe sur un article sur Clermont en 1982... Je me délecte car il est abordé le sempiternelle sujet qui a fait l'objet d'un glorieux débat ici : on "traine et on s'ennuie" à Clermont-Ferrand... et sur la deuxième page... oh, mais quoi? what?... Voilà un témoignage d'une jeune vendeuse de la FNAC, habitant SUGERES (et pas Sauxillanges) ... et oui, il s'agit bien de Marie Audigier, qui nous raconte ses rêves de musique, avec sa soeur Agnès! Et le tout est tiré d'un magazine féminin JACINTE, de novembre 1982.
C'est peu de choses, mais c'est quand même un peu rigolo, non?
A la demande générale, et pour mettre à l'honneur Nathalie de Radio Riom et cette jeunesse clermontoise rencontrée, je vous mets l'article entier: